Un nageur qui va plus vite en donnant plus de coups de bras n'a rien gagné en technique : il a payé sa vitesse en énergie. Le SWOLF met un chiffre sur cet échange. Le mot vient de swim et de golf, parce que la règle est celle du golf : le score le plus bas gagne. Sur une longueur de bassin, on additionne le temps en secondes et le nombre de coups de bras, et le résultat est le seul chiffre de technique qu'une montre de natation donne d'elle-même. Tout l'intérêt du score tient dans une propriété simple : on ne peut pas l'améliorer en forçant. Aller plus vite fait baisser les secondes et monter les coups, nager plus économiquement fait l'inverse, et le score ne descend que si l'on obtient la même vitesse avec moins de mouvements. C'est la définition de l'efficacité en natation, et c'est pourquoi les entraîneurs le lisent depuis les années 1970.

La formule

SWOLF = temps de la longueur (s) + coups de bras sur la longueur

C'est tout. Une longueur de 25 m nagée en 20 s avec 16 coups de bras vaut 36. Le score n'a pas d'unité : il additionne des secondes et des coups, deux grandeurs qui n'ont rien en commun, et c'est délibéré. L'idée n'est pas de mesurer quelque chose de physique, mais de peser l'un contre l'autre les deux leviers dont dispose le nageur.

La même longueur, nagée trois fois par la même personne à trois allures :

Allure Temps Coups de bras SWOLF
Sprint16 s2238
Soutenue20 s1636
Très relâchée24 s1337

Le sprint gagne quatre secondes et en paie six en coups ; la nage très relâchée économise trois coups et en perd quatre en temps. Le meilleur score est au milieu, à l'allure où le nageur trouve son équilibre entre fréquence et amplitude. C'est ce qui fait du SWOLF autre chose qu'un chronomètre : un chronomètre récompense toujours le sprint, le SWOLF récompense l'économie.

Une séance entière : le score d'une longueur, en moyenne

Une séance n'est pas une longueur. Pour qu'un score de séance reste comparable à celui d'une longueur, Sleipnir calcule le SWOLF moyen par longueur, en divisant le total par le nombre de longueurs nagées :

SWOLF(séance) = (temps nagé (s) + coups de bras) / nombre de longueurs
nombre de longueurs = distance nagée / longueur du bassin

Un exemple mesuré, en bassin de 50 m : 2 650 m de crawl, soit 53 longueurs, nagés en 2 358 s avec 1 258 coups de bras.

  1. Temps par longueur : 2 358 / 53 = 44,5 s ;
  2. Coups par longueur : 1 258 / 53 = 23,7 ;
  3. SWOLF = 44,5 + 23,7 = 68,2.

Le même calcul vaut pour une série à l'intérieur de la séance. Une série de 250 m dans le même bassin, cinq longueurs en 120 s avec 66 coups, donne 24,0 + 13,2 = 37,2. Et c'est là que la lecture devient utile : 37 sur une série et 68 sur la séance, avec les mêmes définitions, décrivent le même nageur qui a nagé sa série vite et proprement, puis a fait de la technique, de l'échauffement et du retour au calme le reste du temps. Un score de séance résume ; les scores de série disent où la séance a été nagée.

Le temps nagé, pas le temps total

La formule dit « temps de la longueur », et une séance de bassin contient autre chose que des longueurs : des arrêts au mur, entre deux répétitions, entre deux séries. Compter ce temps dans le SWOLF ajoute des secondes qui ne coûtent aucun coup de bras, et le score monte sans que la nage ait changé. Sleipnir calcule donc le SWOLF sur le temps nagé, le temps entre le premier et le dernier coup de bras de chaque série, et affiche à côté la variante calculée sur le temps total, jamais à sa place.

L'écart n'est pas un détail. Une séance de 1 500 m en bassin de 25 m, soit 60 longueurs, en 35 min dont 5 min de repos au mur, avec 900 coups de bras :

  • sur le temps nagé : (1 800 + 900) / 60 = 45,0 ;
  • sur le temps total : (2 100 + 900) / 60 = 50,0.

Cinq points d'écart pour la même nage, uniquement parce que le nageur s'est reposé. Une séance de sprint passe facilement un tiers de son temps de bassin au mur, une séance d'endurance un vingtième : sur le temps total, la première paraîtrait bien plus mauvaise techniquement qu'elle ne l'est, et une progression d'un mois à l'autre mesurerait la structure des séances plutôt que la nage.

Un mot sur ce qui compte comme repos. Une montre de natation n'émet qu'un échantillon par mur touché, et une pause de deux secondes au virage n'est pas un repos : elle reste dans la série, avec son temps. Une pause devient une frontière de série à partir de 8 secondes sans avancer, et c'est ce qui permet de reconstituer « 4 × 250 m » depuis les échantillons plutôt qu'une longue liste de tronçons d'une minute.

Le bassin change le score, et il voyage avec lui

Un SWOLF est le score d'une longueur. Dans un bassin de 50 m, une longueur dure deux fois plus longtemps et demande à peu près deux fois plus de coups : le score double, pour le même nageur, le même jour. Un 36 en bassin de 25 m devient un 72 en bassin de 50 m, et aucun des deux n'est meilleur que l'autre.

C'est pourquoi le bassin est stocké avec le score, et pourquoi la courbe de progression mensuelle ramène chaque séance à un bassin de référence de 25 m avant d'agréger :

SWOLF(25 m) = SWOLF(mesuré) × 25 / longueur du bassin

Un 80 mesuré en 50 m devient un 40 sur l'échelle de référence. Mesuré sur un historique qui alterne les deux bassins, la population des séances en 25 m sortait à 38,8 et celle des séances en 50 m à 79,7 ; une courbe mensuelle bâtie sur les valeurs brutes oscillait donc entre 39 et 63 selon la piscine du mois, et ne décrivait rien du nageur. Ramenées à 25 m, les deux populations se lisent 38,8 et 39,8.

Le point restant entre les deux n'est pas une erreur de conversion : c'est la coulée. Une longueur de 50 m contient un seul virage là où deux longueurs de 25 m en contiennent deux, et chaque virage donne quelques mètres sans coup de bras et plus vite qu'en nageant. À distance égale, le bassin de 50 m coûte donc un peu plus de secondes et de coups, et la conversion, qui n'est qu'une proportion, le laisse voir. C'est le bon sens de se tromper : un score converti reste comparable au dixième près, pas au centième.

La longueur du bassin est déduite des échantillons, ou lue dans l'export de la montre quand il la porte : la distance cumulée d'une séance de bassin est une fonction en marches, une marche par mur touché, et la hauteur de la marche est la longueur du bassin. Elle n'est retenue que si elle tombe sur une longueur qui existe (20 m, 25 yards, 25 m, 33⅓ m ou 50 m, à 8 % près) et si presque toutes les marches en sont des multiples entiers ; sans ça, le score est calculé sur 25 m par défaut et l'écran le dit comme tel.

Les coups de bras viennent de la montre

Le temps est mesuré par l'horloge ; les coups de bras sont comptés par l'accéléromètre du poignet, et transmis comme une fréquence de mouvement en coups par minute. Sleipnir intègre cette fréquence sur le temps de chaque série pour retrouver un nombre de coups, et c'est ce nombre, additionné sur les séries, qui entre dans le score de la séance. Deux conséquences :

  • Un compte à zéro n'est pas un nageur qui n'a pas donné de coup de bras : c'est une montre qui n'a rien compté. Dans ce cas, aucun SWOLF n'est publié. Sans ce refus, la formule dégénère en un temps par longueur servi sous un nom qui promet un score de technique, et une séance sans capteur passerait pour la plus efficace de l'année.
  • Le total de coups et le temps nagé sont lus sur la même partition de la séance. Les séries reconstituées somment exactement à la distance de l'activité, leurs coups au total de la séance et leurs durées au temps nagé. Ce n'est pas un raffinement : quand les trois ne venaient pas du même découpage, la même séance affichait trois SWOLF sur un seul écran (75 en tête, 46 dans le tableau des séries, 68 dans le tableau des nages), tous libellés de la même façon.

Le second chiffre de technique, la distance par coup de bras, sort de la même division dans l'autre sens : la distance nagée sur le nombre de coups. Un nageur de club en crawl se situe entre 1,5 et 2 m par coup ; au-delà de 5 m par coup, ce n'est plus une glisse, c'est un capteur qui a manqué la plupart des mouvements, et la valeur est écartée plutôt que publiée.

Lire une progression

Le SWOLF d'une séance dépend de son contenu, et une séance de sprint et une séance d'endurance n'ont pas à donner le même score. Ce qui se lit, c'est un mois contre un mois, et à trois conditions :

  • le score du mois est pondéré par la distance : une séance de technique de 800 m ne pèse pas autant qu'une sortie de 3 000 m, et le chiffre du mois est celui du volume nagé, pas la moyenne des scores de séance ;
  • aucune direction n'est annoncée sous trois mois d'au moins deux séances chacun : un nageur qui alterne un 4 × 250 au seuil et un 16 × 50 en vitesse voit ses scores mensuels varier plus que n'importe quelle progression annuelle, et deux mois comparés l'un à l'autre ne mesurent que cette alternance ;
  • la direction est une pente ajustée sur tous les mois (moindres carrés), pas le dernier mois moins le premier, et une dérive de moins de 1 % par mois se lit « stable ».

Et le score se lit toujours avec l'allure à côté. Une allure qui progresse pendant que le SWOLF reste stable est un gain de technique : la même économie à une vitesse plus haute. Une allure qui progresse pendant que le SWOLF monte est un gain de forme : le nageur va plus vite parce qu'il tient plus de coups, pas parce qu'il nage mieux. Un SWOLF qui baisse pendant que l'allure ralentit ne dit rien du tout, ou plutôt dit que l'on a nagé plus relâché ce mois-ci. Aucune des trois lectures n'est disponible avec le score seul.

Ce que cette métrique ne peut pas dire

  • Un SWOLF ne se compare que dans le même bassin, ou converti. Le score d'une longueur double entre 25 et 50 m, et une conversion proportionnelle laisse un résidu, celui des virages. Deux séances dans deux bassins se comparent à un point près, pas mieux.
  • Ni d'une nage à l'autre. La brasse coûte moins de coups et plus de secondes que le crawl, le papillon l'inverse ; une séance de quatre nages a un score qui ne se compare à rien, et c'est pour cela que le tableau par nage le détaille.
  • Ni d'une montre à l'autre. Le compte de coups dépend de l'appareil et du poignet qui le porte : certaines montres comptent chaque bras en crawl, d'autres un cycle complet, et un capteur qui manque un mouvement sur cinq rend un score de 20 % meilleur. La formule est la même partout ; ce sont les entrées qui diffèrent.
  • Un score bas n'est pas une vitesse. Le tableau des trois allures le montre : le meilleur SWOLF est à l'allure soutenue, pas au sprint. Un nageur peut battre son record de SWOLF en nageant lentement et relâché, ce qui est un exercice utile et pas une performance. Le SWOLF mesure l'économie, jamais le niveau.
  • Il ne mesure rien en eau libre. Sans mur il n'y a ni longueur, ni virage, ni fonction en marches ; un tel enregistrement garde son allure et rien d'autre.
  • Il ne voit pas la fatigue. Un score qui se dégrade en fin de séance est un renseignement précieux (la technique qui se défait quand la forme manque), et le score de séance le noie dans la moyenne ; il faut aller le lire série par série.