Une semaine d'entraînement n'est jamais « trop grosse » dans l'absolu : elle l'est par rapport à ce que le corps a été préparé à encaisser les semaines d'avant. L'ACWR (Acute:Chronic Workload Ratio, ratio charge aiguë / charge chronique) met un chiffre sur cet écart : ce que vous venez de faire, divisé par ce à quoi vous étiez préparé. C'est la métrique de charge la plus citée, et la plus mal lue : elle signale un pic, elle ne prédit pas une blessure. Encore faut-il savoir comment les deux moitiés du ratio sont comptées.

La formule

ACWR = charge aiguë / charge chronique

  • La charge aiguë est la somme des 7 derniers jours, aujourd'hui compris.
  • La charge chronique est la charge des jours 8 à 28, c'est-à-dire les trois semaines qui précèdent la semaine en cours, ramenée à un équivalent 7 jours (somme × 7/21), pour que le numérateur et le dénominateur parlent de la même durée.

Exemple : 420 points de charge sur les 7 derniers jours, 900 sur les 21 jours précédents. La référence vaut 900 × 7/21 = 300, et l'ACWR 420 / 300 = 1,40 : la semaine en cours pèse 40 % de plus que ce que les trois précédentes avaient préparé.

Pourquoi les fenêtres sont découplées

Dans la formulation d'origine, la fenêtre chronique de 28 jours contient la semaine aiguë : la semaine en cours est alors comptée aux deux étages de la division, ce qui tire mécaniquement le ratio vers 1, une grosse semaine gonflant aussi la référence à laquelle on la compare. C'est précisément dans le pic que l'amortissement est le plus fort, c'est-à-dire au seul moment où le chiffre doit parler. Windt et Gabbett (2018) recommandent de découpler les deux fenêtres, et c'est la forme que Sleipnir applique : la semaine en cours n'entre jamais dans sa propre référence.

Le ratio exige une unité de charge unique

Une division n'a de sens que si le haut et le bas comptent pareil. La charge d'une séance chez Sleipnir est résolue sur un seul axe, le TSS (une heure au seuil = 100 points) : une sortie avec capteur de puissance est comptée en TSS ; une séance sans puissance mais avec cardio passe par le TRIMP de Bannister, converti sur l'axe TSS : la même heure au seuil vaut ~176 TRIMP, donc additionner les deux échelles sans conversion reviendrait à sommer des euros et des dollars ; et un facteur par sport pondère le coût structurel (le vélo, porté, compte 0,7). Ce qui compte ici : aucun ACWR n'est calculé sur un mélange d'échelles.

Les bandes de lecture

ACWR Lecture
— (pas de référence) moins de trois semaines d'historique : rien à comparer, donc rien d'affiché
< 0,8sous-entraînement, ou récupération assumée
0,8 – 1,3la progression suit la préparation
1,3 – 1,5 pic modéré : la semaine dépasse nettement la référence
> 1,5 pic marqué : un signal pour regarder la semaine, pas un verdict

Une absence de donnée n'est pas un zéro. « Pas de référence » n'est affiché que lorsqu'il n'y a rien au dénominateur. Un athlète qui a une vraie référence de trois semaines et n'a rien fait cette semaine a un ACWR réel de 0 : c'est un affûtage ou une coupure, et il se lit « sous-entraînement », pas « pas de données ». Confondre les deux éteindrait la métrique précisément la semaine d'avant course, celle où on la regarde.

Les seuils sont ceux de la littérature d'origine (la zone 0,8–1,3 dite « sweet spot » de Gabbett), gardés parce qu'ils sont devenus la convention de lecture et non parce qu'ils seraient une loi. Voir la dernière section.

Ce que Sleipnir en fait

  • L'ACWR de tête est glissant, 7 jours contre 28 se terminant aujourd'hui, jamais un « semaine calendaire en cours contre semaines pleines », qui lit artificiellement bas chaque lundi matin.
  • La bande de risque n'est pas servie seule : elle est croisée avec la récupération (sommeil, recharge nocturne quand une montre les fournit) : un pic de charge sur un athlète qui dort ne se lit pas comme le même pic sur un athlète épuisé.
  • Les suggestions d'entraînement lisent la bande, avec la règle ci-dessus : une semaine d'affûtage est un état légitime, pas une absence de données qui couperait les suggestions la semaine où elles servent.

Ce que cette métrique ne peut pas dire

  • Elle ne prédit pas une blessure. Les études fondatrices montrent une association entre pics d'ACWR et blessures, sur des cohortes de sports collectifs ; la critique méthodologique qui a suivi (Impellizzeri et coll., 2020) a sérieusement affaibli la lecture causale et la valeur prédictive individuelle. Un ACWR à 1,6 dit « cette semaine dépasse nettement ta préparation » ; il ne dit pas ce qui va arriver.
  • Un ratio est aveugle à la charge absolue. 1,4 en passant de 100 à 140 points par semaine et 1,4 en passant de 430 à 600 ne racontent pas la même histoire ; c'est pourquoi la charge aiguë et la charge chronique s'affichent à côté du ratio, jamais le ratio seul.
  • Le dénominateur se piège tout seul après une coupure. Trois semaines d'arrêt font une référence minuscule, donc toute reprise sort en « pic marqué ». Le signal est réel, la reprise étant bien le moment fragile, mais la réponse est une reprise progressive et non une lecture alarmiste du chiffre.
  • La charge n'est pas la seule entrée du risque. Sommeil, stress, nutrition, historique de blessure n'entrent pas dans le ratio : c'est la raison du croisement avec la récupération, et la limite de tout indicateur mono-signal.