Une heure de footing et une heure de fractionné ne coûtent pas pareil, et le chronomètre ne sait pas le dire. Le TRIMP (TRaining IMPulse, Bannister 1991) répond avec ce que presque toute séance enregistre : la fréquence cardiaque. Une minute d'effort pèse d'autant plus que le cœur travaille près de sa réserve maximale, et la pondération est exponentielle parce que le coût physiologique l'est. C'est la brique de base de tout le modèle de charge : sans lui, pas de charge aiguë, pas de charge chronique, pas d'ACWR.

La formule

Trois étapes. D'abord la fréquence cardiaque est ramenée à une fraction de la réserve (formule de Karvonen), qui soustrait la FC de repos et n'est donc pas le pourcentage de FC max des zones cardiaques :

%HRR = (FC − FCrepos) / (FCmax − FCrepos)

Puis chaque minute est pesée par un taux qui croît exponentiellement avec cette fraction :

taux (points/min) = %HRR × b × ek × %HRR

Et le TRIMP de la séance est la somme de ces minutes pesées.

Les coefficients

Coefficients k b
Homme1,920,64
Femme1,670,86
Sexe non renseigné1,7950,75

Les coefficients par sexe sont ceux de Morton et coll. ; la paire « non renseigné » est la moyenne des deux, un choix délibérément non biaisé plutôt que de traiter en silence un profil incomplet comme l'un des deux.

Pourquoi une exponentielle

Le lactate sanguin ne monte pas linéairement avec l'intensité : il décolle à l'approche du seuil. La pondération exponentielle encode ça, et une table d'une heure par %HRR (coefficients neutres) le montre mieux qu'une phrase :

%HRR TRIMP pour 1 h
50 %55
60 %79
70 %111
80 %151
85 % (seuil)176
90 %204
100 %271

Doubler l'intensité (50 % → 100 %) multiplie la charge par cinq, pas par deux. C'est cette courbure qui fait du TRIMP autre chose qu'un compteur de minutes.

Calcul pas à pas

Une sortie d'une heure à FC moyenne 148, pour un profil FC max 190 / FC repos 50 (coefficients neutres) :

  1. Réserve : 190 − 50 = 140 ; %HRR = (148 − 50) / 140 = 0,70 ;
  2. Taux : 0,70 × 0,75 × e1,795 × 0,70 ≈ 0,525 × 3,51 ≈ 1,84 point/min ;
  3. TRIMP = 60 × 1,84 ≈ 111.

La moyenne ment : on intègre la série

Le calcul ci-dessus prend la FC moyenne de la séance, et c'est un raccourci qui sous-estime, toujours dans le même sens. L'exponentielle est convexe, donc le TRIMP de la moyenne est strictement inférieur à la moyenne des TRIMP (inégalité de Jensen). Exemple : une heure faite de 30 min à 90 % de réserve et 30 min à 50 % a une moyenne de 70 %, donc le calcul scalaire rend 111 ; intégré minute par minute, 30 × 3,40 + 30 × 0,92 ≈ 130, soit 17 % de plus. Un 10 × 400 m et un footing qui partagent la même FC moyenne ne sont pas la même séance, et l'intégrale le voit là où la moyenne les confond.

Sleipnir intègre donc la série cardiaque échantillon par échantillon (chaque échantillon compte pour l'intervalle qui le sépare du suivant, plafonné à 10 s pour qu'un trou de capteur ne pèse rien) et ne retombe sur la forme scalaire que lorsqu'il n'y a pas de série. Une série qui couvre moins de 80 % de la séance est refusée plutôt que mise à l'échelle : une demi-série extrapolée dirait « séance facile » là où elle ne sait dire que « séance à moitié mesurée ».

Le TRIMP et le TSS : deux monnaies, un taux de change

Le TSS (du côté des capteurs de puissance) pose qu'une heure au seuil vaut 100 points. Le TRIMP n'a pas cette convention : la même heure au seuil, lue à 85 % de la réserve cardiaque, vaut 60 × 0,85 × 0,75 × e1,795 × 0,85 ≈ 176 TRIMP. Additionner des TRIMP et des TSS sans conversion reviendrait à sommer des euros et des dollars, et c'est pourtant la charge d'un historique multi-capteurs : une sortie vélo au capteur de puissance produit un TSS, un footing au cardio un TRIMP.

Sleipnir convertit donc tout sur l'axe TSS : un TRIMP est multiplié par 100 / 176 ≈ 0,57 avant d'entrer dans les fenêtres de charge. L'heure du calcul pas à pas (111 TRIMP) pèse ainsi ≈ 63 points de charge, et pèserait pareil mesurée par un capteur de puissance, ce qui est tout l'objet de la conversion. Un facteur par sport pondère ensuite le coût structurel (le vélo, porté, compte 0,7 ; la randonnée 0,6 ; la natation 0,9), appliqué à toutes les sources pour que la pondération ne dépende pas du capteur porté ce jour-là. C'est cette charge convertie que lisent le PMC et l'ACWR.

Ce que cette métrique ne peut pas dire

  • Sans FC max et FC repos renseignées, elle vaut zéro. Pas une estimation : zéro. Et Sleipnir refuse de deviner : une FC max dérivée de l'âge (220 − âge) porte ±10 à 12 bpm d'écart-type, et l'exponentielle amplifie l'erreur. La réponse est de renseigner le profil, jamais d'inventer un nombre plausible.
  • Le cœur est un signal retardé et dérivant. Il met 20 à 40 s à répondre à un changement d'allure (un sprint de 15 s y est presque invisible) et il dérive vers le haut avec la chaleur, la déshydratation, la caféine, la fatigue : la même séance par 30 °C produit plus de TRIMP sans produire plus de forme.
  • Il ne voit pas le coût musculaire. Une descente de trail longue et cassante se court à FC basse et laisse des quadriceps détruits ; du renforcement lourd compte pour presque rien. Le TRIMP mesure le coût cardiovasculaire, pas le dommage mécanique.
  • Les coefficients sont une courbe moyenne, ajustée sur des groupes de sujets : votre cinétique de lactate personnelle peut s'en écarter. Le TRIMP compare vos séances entre elles mieux qu'il ne vous compare à quelqu'un d'autre.
  • Le facteur par sport est un jugement, pas une mesure : « une heure de vélo coûte 0,7 fois une heure de course » est un choix d'échelle raisonnable et discutable, pas un fait physiologique. Toute plateforme qui mélange des sports en fait un ; celui-ci est écrit.

Pour ce que la charge devient une fois sommée par semaines, et ce que le ratio des deux fenêtres signale sans le prédire, voir l'ACWR, le ratio charge aiguë / chronique.